Les marchandises dangereuses dans Dynamics 365 F&O : un socle standard souvent sous-estimé

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par

Frank Brouillet, Consultant Supply Chain

Lorsqu’on évoque les fonctionnalités de conformité produit dans Dynamics 365 Finance & Operations, les discussions portent généralement sur la qualité, la traçabilité, les informations articles ou les fiches de données de sécurité. Le module « Hazardous Materials », nommé « Marchandises dangereuses » dans la suite de cet article, reste pourtant relativement méconnu, y compris parmi les consultants spécialisés dans la chaîne logistique.

Contrairement à une idée reçue, les marchandises dangereuses ne concernent pas uniquement l’industrie chimique. Elles sont présentes dans une grande variété d’activités industrielles, commerciales et logistiques et de nombreuses entreprises doivent ainsi expédier des produits soumis à des réglementations telles que l’ADR pour la route, l’IMDG pour le maritime ou l’IATA pour l’aérien.

Dans le cadre de travaux récents sur ce sujet, j’ai souhaité explorer la fonctionnalité en détail : écrans standard, tables de données, entités d’importation et d’exportation, rapports SSRS, logique de calcul et intégration avec la gestion des entrepôts.

Ma principale conclusion est la suivante : le module Marchandises dangereuses n’est pas une solution réglementaire clé en main, mais un cadre applicatif standard beaucoup plus riche et structuré que ce que l’on imagine souvent.

Cet article propose un retour d’expérience sur son périmètre, son architecture et ses principales capacités dans Dynamics 365 Supply Chain Management.

1. Quel est le périmètre du module Marchandises dangereuses ?

Le nom de la fonctionnalité pourrait laisser penser qu’il s’agit d’une solution complète couvrant les aspects réglementaires, environnementaux, HSE, REACH ou les fiches de données de sécurité. Le standard Microsoft adopte en réalité une approche plus ciblée.

La fonctionnalité a principalement été conçue pour stocker les informations relatives au transport de marchandises dangereuses et alimenter les documents nécessaires à leur expédition. Microsoft cite notamment les réglementations suivantes :

  • ADR pour le transport routier ;
  • IMDG pour le transport maritime ;
  • IATA pour le transport aérien ;
  • CFR 49 pour le transport de marchandises dangereuses aux États-Unis.

Le module permet d’associer à chaque article les données nécessaires à son identification et à sa classification : numéro ONU, appellation réglementaire de transport, classe de danger, groupe d’emballage, catégorie de transport, restriction de tunnel, informations aériennes ou maritimes, codes de réponse d’urgence et quantités limitées.

Ces informations peuvent ensuite être exploitées durant les flux sortants pour préparer des déclarations routières, aériennes ou multimodales et leurs documents de synthèse.

Le module n’a toutefois pas vocation à remplacer un logiciel spécialisé ni à garantir automatiquement la conformité à toutes les réglementations applicables. Microsoft le présente comme un outil d’aide, la responsabilité de la conformité restant celle de l’organisation.

2. Une richesse fonctionnelle souvent sous-estimée

Le standard fournit de nombreuses tables de référence à alimenter pour gérer les réglementations, classes et divisions de danger, groupes d’emballage, catégories de transport, codes de réponse d’urgence, restrictions de tunnel, types d’aéronefs ou informations d’arrimage maritime.

Au niveau des articles, l’écran « Article matières dangereuses » permet d’enregistrer les données propres à chaque réglementation et à chaque mode de transport.

Un même produit, plusieurs réglementations

Prenons l’exemple d’une solution de soude caustique. Le même article peut être transporté par route sous réglementation ADR, par conteneur maritime sous réglementation IMDG ou, lorsque cela est autorisé, par avion sous réglementation IATA. D365 F&O permet de stocker ces informations sans créer plusieurs articles ni plusieurs modèles de données.

Même sans produire de déclaration, les informations restent exploitables dans les écrans « Marchandises dangereuses » et « Seuils de stock de marchandises dangereuses », au moyen des fonctions standard de tri, filtrage et exportation.

3. Une architecture intelligente mais peu visible

Des référentiels partagés

La majorité des tables de paramétrage sont partagées entre les entités juridiques. Cette conception favorise la cohérence des référentiels au niveau du groupe, limite les doubles saisies et facilite leur maintenance.

Certains de ces référentiels (classes, divisions, groupes d’emballages et d’autres…) doivent même servir pour plusieurs réglementations. Cette simplicité nécessite toutefois des conventions de codification afin d’éviter toute ambiguïté entre les valeurs ADR, IMDG, IATA ou CFR 49.

Le rôle central des modes de livraison

Chaque réglementation doit être associée à un ou plusieurs modes de livraison. Lors de la génération des documents, le système s’appuie sur le mode de livraison défini pour l’expédition afin d’identifier la réglementation et le texte d’expédition à utiliser. Cette logique permet de sélectionner les données pertinentes selon le scénario de transport d’une commande client ou d’un ordre de transfert sortant.

Dans les flux de gestion des entrepôts, le mode de livraison est relié au transporteur et à son service. Une exception importante existe : la déclaration multimodale utilise le code réglementation défini dans les paramètres de gestion des entrepôts plutôt que le mode de livraison de l’expédition.

Une forte intégration avec la gestion des entrepôts

Une grande partie de la valeur ajoutée du module réside dans la préparation des déclarations de marchandises dangereuses et dans l’enrichissement de documents logistiques, comme le connaissement ou la liste de colisage. Cette partie n’est exploitable que lorsque les flux logistiques sortants sont paramétrés avec la gestion des entrepôts (WMS).

4. Des documents réglementaires standards

Le système propose trois documents principaux :

  • « Transport de marchandises par route », pour le transport routier, notamment ADR ;
  • « Déclaration de l’expéditeur », adapté au transport aérien notamment ;
  • « Déclaration multimodale de marchandises dangereuses », pour le multimodal ou maritime.

D’autres états complètent cet ensemble, comme la synthèse de l’expédition  et la déclaration de masse brute vérifiée . Les informations relatives aux marchandises dangereuses peuvent également enrichir le connaissement et la liste de colisage avec l’ajout de colonnes « Marchandises dangereuses ».

Une génération assistée

Microsoft a retenu une approche semi-automatique. Les déclarations sont générées à partir des données du système, puis enregistrées dans des tables dédiées. L’utilisateur peut les consulter, compléter ou corriger avant l’impression finale. Cette logique est adaptée à un domaine dans lequel un contrôle métier reste souvent indispensable.

standard view multimodal dangerous goods D365 microsoft
multimodal dangerous goods item inD365 microsoft - standard view

Une gestion bilingue

Les déclarations, selon la documentation Microsoft, peuvent être produites dans une langue domestique et une langue étrangère, ce qui facilite les échanges avec les transporteurs, transitaires et autorités situés dans d’autres pays.

5. Des fonctionnalités de calcul et d’exploitation souvent méconnues

Le calcul des points ADR

Le système peut calculer automatiquement des points ADR à partir des informations article et des quantités des lignes d’expédition, puis agréger les résultats dans certains documents de synthèse. Bien que le détail de l’algorithme soit peu documenté par des cas concrets, cette fonction constitue une aide opérationnelle intéressante pour préparer les contrôles associés au transport routier.

shipment summary document

Des écrans d’analyse souvent oubliés

L’écran « Marchandises dangereuses » fournit une vue consolidée des articles concernés. Les grilles filtrables permettent notamment d’identifier les articles d’une même classe de danger, relevant d’une réglementation donnée ou utilisant un même code de réponse d’urgence.

vue consolidée des articles "marchandises dangereuses" -hazardous materials D365 microsoft

L’écran « Seuils/limites de stock de marchandises dangereuses » rapproche les quantités disponibles de seuils définis au niveau des articles (écran « détails de la déclaration »). Cette fonction, fortement orientée vers certaines réglementations nord-américaines, ne permet pas de fixer les seuils par site ou entrepôt. Elle constitue néanmoins une base de suivi exploitable sans développement spécifique.

Seuils/limites de stock de marchandises dangereuses - hazardous materials D365 microsoft
hazardous materials D365 microsoft - OSHA reportable

6. Un cadre applicatif avec quelques points de vigilance

La principale conclusion est claire : le module Marchandises dangereuses tel que livré par Microsoft doit être considéré comme un cadre applicatif plutôt que comme une solution réglementaire complète prête à l’emploi.

Le standard fournit déjà un modèle de données dédié, des tables de référentiels, des écrans de maintenance et de consultation, des entités d’importation et d’exportation, plusieurs documents, des mécanismes de calcul et une intégration avec la gestion des entrepôts.

Ce même standard comporte également quelques limitations évidentes, parmi lesquelles on peut citer : poids et volumes unitaires préremplis sur la déclaration de transport par route au lieu des valeurs totales, absence d’automatisation entre la catégorie de transport et le facteur multiplicateur utilisé pour le calcul des points ADR, manque de tables et de champs pour gérer les instructions d’emballage et dispositions particulières… Cette liste n’est pas exhaustive et d’autres écarts pourront être identifiés selon les contextes réglementaires rencontrés.

Et Microsoft n’a probablement pas vocation à intégrer toutes les spécificités de chaque pays, réglementation, secteur ou transporteur. Selon le contexte, quelques adaptations pourront être nécessaires pour enrichir les données, automatiser certains traitements ou faire évoluer les documents standard.

Avant d’approfondir cette fonctionnalité, je m’attendais à découvrir un module relativement limité, essentiellement destiné à stocker quelques informations réglementaires sur les articles. Mon constat est aujourd’hui assez différent.

Le module Marchandises dangereuses est probablement l’une des fonctionnalités les plus méconnues de Dynamics 365 Supply Chain Management. Sans prétendre remplacer une solution réglementaire spécialisée, il propose déjà un socle fonctionnel complet : modèle de données dédié, gestion multi-réglementations, mécanismes de calcul, documents de déclaration et intégration native avec les processus logistiques.

Comme souvent dans Dynamics 365 F&O, Microsoft fournit ici des fondations solides plutôt qu’une solution métier entièrement finalisée. Selon les besoins de l’entreprise et son niveau d’exigence réglementaire, des extensions ou automatisations complémentaires pourront naturellement être envisagées.

Sources utiles :

  • Vue d’ensemble des matières dangereuses — https://learn.microsoft.com/fr-fr/dynamics365/supply-chain/pim/hazmat-overview
  • Paramétrer des matières dangereuses — https://learn.microsoft.com/fr-fr/dynamics365/supply-chain/pim/hazmat-setup
  • Matières dangereuses dans les produits, commandes, expéditions et chargements — https://learn.microsoft.com/fr-fr/dynamics365/supply-chain/pim/hazmat-items
  • Demandes de renseignements et rapports sur les matières dangereuses — https://learn.microsoft.com/en-us/dynamics365/supply-chain/pim/hazmat-reports


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