Tout le monde dit « il faut faire de l’IA ». C’est devenu une injonction. Avant de s’y plier, il y a une question plus utile à poser : est-ce vraiment ce dont vous avez besoin ?
Les directions générales craignent de rater le train de l’IA. C’est compréhensible — la technologie évolue vite, les concurrents s’en emparent, et l’enjeu semble structurant pour l’avenir des entreprises. Mais elle produit un effet pervers : on décrète « il faut faire de l’IA » avant même de savoir ce qu’on veut automatiser, et pourquoi.
C’est ainsi que des projets coûteux naissent de besoins qui auraient pu être résolus en quelques jours avec un flux Power Automate.
L’IA n’est pas la réponse à toutes les questions
Un agent IA est puissant, flexible, capable de traiter des situations ambiguës. Mais il est aussi plus complexe à gouverner, plus coûteux à l’usage, et plus exigeant en termes de qualité de données. Pour un processus stable, bien défini, à règles métier claires, ce n’est souvent pas la meilleure solution.
Un flux Power Automate peut être déployé en quelques jours, sans consommation continue de tokens, avec un comportement déterministe. Il fait exactement ce qu’on lui demande, toujours de la même façon. Pour classer des mails par client, déclencher une alerte sur un seuil de stock, notifier une équipe quand une commande franchit un statut — c’est plus rapide, plus robuste et moins coûteux dans le temps qu’un agent IA.
Assurer la gouvernance des projets d’automatisation : le rôle de la DSI.
Rappelons les trois erreurs fréquentes dans les projets d’automatisation :
- Choisir une technologie avant d’avoir défini le besoin.
- Sous-estimer les coûts d’exploitation dans le temps.
- Confondre innovation et création de valeur.
Or, les DSI voient pleuvoir les demandes d’automatisation avec cette injonction de faire de l’IA. Mais ce n’est pas – à mon sens – à la direction générale ni aux métiers de choisir entre un Power Automate et un agent IA.
C’est à la DSI de faire valoir son expertise technique et collaborer avec les métiers pour qualifier le besoin, évaluer le ROI de chaque option, et proposer la solution la plus pertinente.
Trois questions pour choisir la bonne solution.
Avant de lancer un projet d’automatisation, trois questions permettent de s’orienter :
1) Le processus est-il stable et à règles claires ?
Si oui, Power Automate ou la RPA suffisent. L’IA n’apporte pas de valeur supplémentaire, et coûte plus.
2) Y a-t-il de l’ambiguïté, du langage naturel, des variations de contexte ?
L’IA commence à avoir du sens — elle gère ce que la règle fixe ne peut pas anticiper.
3) Quel est le coût total dans le temps, pas seulement à l’implémentation ?
Un agent IA consomme des tokens à chaque exécution. Sur un processus à fort volume, cette consommation s’accumule.
La priorisation comme valeur ajoutée.
La vraie transformation qu’on attend d’une DSI en 2026, ce n’est pas d’avoir déployé de l’IA parce que la direction le demandait. C’est d’avoir traité les 80 % de demandes simples avec les outils simples, et réservé l’IA aux 20 % de cas où elle crée vraiment de la valeur.
C’est une posture exigeante. Elle suppose de résister à l’enthousiasme ambiant, de prendre le temps d’analyser avant de déployer, et d’assumer des choix qui peuvent sembler moins « modernes » en réunion de direction — mais qui tiennent dans le temps et sur le budget.
Power Automate, IA et agents : une boîte à outils, pas un choix binaire.
Power Automate, les agents IA et Copilot Studio ne sont pas en concurrence. Ils répondent à des niveaux différents de complexité :
- Power Automate gère les processus structurés et répétitifs.
- Les agents IA prennent le relais quand le contexte varie, quand le langage naturel est nécessaire, quand la logique est trop variable pour une règle fixe. Copilot Studio permet de construire des agents personnalisés pour des cas d’usage métier précis.
En matière d’automatisation, la question n’est pas : « Quelle est la technologie la plus avancée ? »
La vraie question est : « Quelle solution résout durablement le problème métier posé ? »
C’est souvent là que se joue le retour sur investissement.

